(Chose vue) La femme regarde l’enfant. La femme est assise
sur l’un des bancs en bois vert de la ville. La femme observe l’enfant et tient
sur ses cuisses son livre ; un livre de poche. Ouvert. L’enfant joue à
quelques mètres de la femme dans le bac à sable. L’enfant ne regarde pas la
femme. L’enfant regarde les vallons qu’elle construit dans le sable. A gauche
de la femme, le dénicheur d’oursons, la statue, impavide, ne se laisse déranger
ni par la femme et l’enfant ni par cette autre femme qui dépasse la femme et
l’enfant. Edmondsson quitte le jardin. Ses boucles d’oreilles se balancent à la
cadence de ses pas mais elle ne joue plus. L’enfant creuse le sable. L’enfant
enfonce ses deux mains dans le sable dont les grains se faufilent sous ses
ongles. Les ongles et les joues de l’enfant sont bruns de poussière. L’enfant
ne regarde pas Edmondsson. La femme laisse le vent tourner les pages du livre
de poche blanc posé sur ses cuisses ; son pouce marque la page et le
paragraphe. La femme ne lit pas. La femme n’aime pas vraiment lire ; elle
s’occupe. Elle lit tandis que l’enfant joue. La femme fait passer le temps.
L’enfant se lève et regarde la femme. La femme ne regarde plus l’enfant.
L’enfant appelle la femme. L’enfant veut que la femme la regarde. L’enfant crie,
fort. Doucement ensuite. La femme tourne la tête, regarde l’enfant qui cesse et
se laisse choir. Les genoux de l’enfant fléchissent d’un coup, comme ça, il
s’écrasent et s’enfoncent dans le sol tendre. L’enfant joue.
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